L'Histoire

L'Histoire
Souvenez-vous

"Rien ne pouvait les séparer".
Ce regard malicieux vient tout juste de gagner le pari de sa vie : grâce à une partie de poker, il va se retrouver sur le Titanic, le plus grand bateau de tous les temps, destiné évidemment aux plus riches. Le nouveau monde l'attendra à l'arrivée de ce périple. Il ne connaît personne sur le Titanic, à part Fabrizio avec qui il a gagné la partie de pocker, mais débrouillard et rusé, Jack va vivre la plus belle des aventures et la plus grande rencontre de sa vie. L'eternel Titanic ne se résumera plus à un naufrage, ce sera celle d'une éternelle rencontre.

Embarquement sur le Titanic ! Avril 1912 - toute la population de Southampton admire l'immensurable bateau et salue les différents passagers, classés dans trois compartiments. Bien entendu, Jack Dawson, avec son petit pari, se dirige vers New York en troisième classe. Là-bas, en Amérique, il est sûr d'y arriver, de faire fortune avec ses tableaux ou d'une autre manière. Vérification des billets, Jack peut embarquer : l'histoire de sa vie peut maintenant commencer...

Jack se lie d'amitié avec Rose, et très vite ce sentiment deviendra Amour, absolu, celui dont tout le monde rêve. Rose Dewitt Bukater est pourtant promise à Cal, un richissime Anglais, et Ruth, la mère de Rose impose cette union pour éviter la ruine financière de la famille Dewitt. Mais le coeur de Rose n'entend rien. Elle voit Jack de plus en plus souvent. Il lui apprend ce qu'est 'la vraie vie', ce que les règles de la bourgeoisie ne pourront jamais apporter : la Liberté.

Bravant tous les interdits que son statût lui impose, Rose se laisse séduire par Jack. Le peintre lui expose ce qu'est la vie : l'imprudence est de mise, il faut suivre son coeur, croire en soi pour vivre heureux - telle est la leçon d'humilité que lui apprend Jack. La liberté, c'est ce que le Titanic leur apportera : en route vers l'Amérique.

Insolent, le couple s'affiche lors d'une réception ensemble. Qu'importe si Rose est fiancée à Cal, elle ne l'aime pas. Qu'importe si Jack ne fait pas partie de la haute bourgeoisie ? Il fera très bien l'affaire ce soir. Habillé en costume trois pièces, Jack est métamorphosé, on pourrait même croire qu'il est noble. Rose est splendide et se fiche éperdument des qu'en-dira-t-ons. Elle l'aime et veut le montrer clairement à Cal, même si cela doit lui faire mal.

A table : Jack est victime des plaisanteries de Cal, de Ruth et de leurs amis à cause de sa situation financière. C'est à croire qu'ils jugent une personne en fonction de l'argent qu'elle possède. C'en est assez ! Rose prie Jack de l'amener là où ils seront à coup sûr heureux. Le décallage est énorme : la fête mondaine fait place à une fête irlandaise plus traditionnelle, mais sacrément plus éfficace. Ils chantent, dansent, rient... vivent !

Nouvellle folie de l'amour : l'art de Jack se mélange à la sensualité de Rose. Elle se laisse peindre avec pour unique vêt 'le coeur de l'Océan', un magnifique diamant offert par Cal. Le tableau est magnifique : Jack y a exprimé toute la passion qu'il éprouve pour Rose.

L'annonce fait l'effet d'une bombe sur le bateau : le Titanic vient de heurter un iceberg ! La panique est complète. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, Cal, le fiancé de Rose, jure de tuer Jack et de reprendre le coeur de Rose(Il accusera même Jack d'avoir derobé le 'Coeur de l'Océan'), ce que Ruth souhaite également pour sauver sa famille de la faillite.

L'eau monte, il faut vite se sauver avant que le bateau ne coule complétement. Ce sont encore une fois les bourgeois qui sont secourus en priorité, il est interdit pour le moment aux troisièmes classes de se diriger vers les barques de sauvetage. et l'eau monte, l'eau monte. Jack et Rose, alors au sous-sol, donc en troisième classe, ne peuvent donc pas sortir, les grilles sont fermées et l'eau continue à monter. Les morts ne comptent plus, c'est le naufrage.

Jack et Rose réussissent à trouver une issue à la dernière minute et se retrouvent seuls ou presque : Cal est à leurs trousses avec l'idée de tuer le jeune Jack. Alors que toutes les personnes à bord du Titanic sont en train de monter dans des petites barques de sauvetage, il fait -25°C dehors, nous sommes dans l'Antartique... Cal abandonne sa folle poursuite et embarque un bateau de sauvetage, laissant mourir les deux amoureux. Ces derniers tentent tant bien que mal de se dégager de l'eau.

C'est la fin... la fin d'un bateau de légende... Jack a insisté pour que Rose prenne le dernier bateau de sauvetage et lui a juré de la retrouver un jour, en Amérique peut-être et revivre sa passion. Rose accepte malgré elle. Sa barque descend sur l'eau, et elle voit s'éloigner son amour.
Le Titanic n'est plus...

Cette histoire, c'est Rose Dawson qui nous la raconte. Elle connaît au fond d'elle le secret du Titanic. Jack est loin, ailleurs, mais il restera à jamais dans son coeur, enfoui profondément à jamais, comme le 'coeur de l'Océan' l'est quelque part dans l'Atlantique.

# Posté le vendredi 11 novembre 2005 09:45

La scène du suicide

La scène du suicide
LA SCÈNE DU SUICIDE
Fatigué par le bruit et l'agitation, Jack décida de laisser ses amis s'amuser et faire la fête entre eux et préféra monter sur le pont arrière. Il s'allongea sur un banc, tentant de rassembler ses esprits quelque peu
égarés par les derniers événements. La solitude, si rare sur ce bateau, lui permettait de savourer sa cigarette, tout en contemplant un ciel givré d'étoiles.
Rose regardait fixement, perdue, apeurée comme une biche sur qui la meute se jette. Autour d'elle, ses prédateurs gesticulaient, piaillaient, baffraient...Elle sortit promptement sans que personne ne daignât prêter attention à son chagrin. Elle sortit en courant bousculant un passager. Elle releva ses jupons pour courir aussi vite que lui permettaient ses jolis escarpins. Rien ne l'arrêta avant de toucher la rambarde qui protégeait la poupe du navire. Un message annonçait ironiquement "Bateau équipé d'une triple rangée d'hélices, danger" Jack, surpris dans ses pensées, vit la jeune fille traverser le pont à toute allure, mais resta caché pour profiter de cet instant où il pensait pouvoir voler de son intimité, il la trouvait si jolie.
Rose vérifia que personne ne pourrait voir ce qu'elle comptait faire. Jack reconnut parfaitement la demoiselle , elle était en larmes, encore une dispute avec ce brun qui devait être son mari.
Doucement elle escalada un par un les barreaux de la balustrade, ses souliers résonnaient au rythme des haubans sur le bastingage.. Elle passa de l'autre côté, mais ne voulut pas se jeter d'un coup, vulgairement. Elle prit une pause plus appropriée, le dos bien calé contre le parapet, un bras tendu de chaque côté, elle prit sa respiration, la dernière sans doute... Jack comprit très vite et sut d'instinct qu'il devait intervenir pour éviter le pire.
Il se montra, et décida de la défier.
- "Vous ne sauterez pas!"
- "Que voulez-vous dire? Vous n'avez pas la prétention de me dire ce que je dois faire ou pas! Vous ne me connaissez pas!"
Ravi de voir qu'elle acceptait de discuter, Jack lui fit remarquer qu'elle l'aurait déjà fait si c'était sa réelle volonté, et lui proposa son aide. Devant son refus, il pensa à jeter à l'eau son mégot pour s'approcher davantage d'elle sans éveiller sa méfiance . Rose ne savait comment se dépêtrer d'une situation qui devenait embarrassante. Surtout quand elle s'aperçut qu'il enlevait ses chaussures et sa veste... Face à son air interrogatif, il lui déclara qu'il se sentait concerné et qu'il sauterait avec elle s'il le fallait.
Il ne savait pas vraiment si elle oserait le faire ou non. La perspective d'un bain glacé lui répugnait mais il y trouva une bonne idée;
- "L'eau doit être froide..."
- "Froide comment?"
Le poisson était ferré, il enchaîna. Il se mit à parler, à raconter des souvenirs de pêche sous la glace.
- "Toujours est-il que, je suis passé une fois à travers la glace, et vous pouvez me croire, de l'eau si froide, comme elle est là-dessous, c'est comme si des centaines de lames vous poignardaient toutes en même temps. On ne peut plus respirer, on ne peut plus penser, ou seulement à la douleur qu'on éprouve."
Captivée malgré elle par le récit du jeune homme, comme si elle comprenait le sens prémonitoire de ces paroles, Rose en oubliait de se suicider .
-"Vous êtes fou! finit-elle par déclarer.
- "Oui, c'est ce que tout le monde dit, mais sauf votre respect, ce n'est pas moi qui me balance à la poupe d'un bateau!"...
Ces mots offrirent enfin à Jack ce qu'il espérait. Elle lui tendit sa main. Jack comprit qu'il avait empêché le pire, il ne lui restait plus qu'à la faire passer du bon côté de la barrière. Il se présenta pour ne pas briser le contact établi.
- "Je m'appelle Jack Dawson.
- Rose DeWitt Bukater.
- J'ai peur que vous ne soyez obligée de me l'écrire!"
Elle riait, l'eau froide s'éloignait. Charmés l'un par l'autre, ils en oublièrent toute prudence. Rose glissa, tomba, retenue uniquement par la main de Jack.. Il savait qu'il réussirait à la sauver, mais il fallait qu'elle lui fît confiance et évitât de paniquer. Peu à peu il parvint à la remonter et Rose hurlant de peur et de soulagement atterrit enfin sur le pont, enlacée par Jack qui ne voulait plus la perdre. Cependant les cris avaient alerté les marins qui arrivèrent trop tard pour comprendre; la robe soulevée de Rose sur ses jambes tremblantes, Jack haletant au-dessus d'elle...
- "Arrêtez- cet homme!"
Tout s'accéléra alors. Jack se retrouva menotté, Cal, en furie, ne cessait de l'humilier. Frigorifiée, apeurée, Rose se rendit compte qu'elle devait intervenir, mais elle ne pouvait se résoudre à avouer son geste qu'elle jugeait honteux devant son fiancé, les autres passagers, les hommes d'équipages.
- "Cal, c'est une méprise vraiment, je m'étais approchée pour voir les, comment dites-vous? ...
- "les hélices", lui souffla Cal, énervé par ses manières précieuses, au milieu d'un instant si insultant pour lui. Elle
raconta que, se penchant trop, elle faillit tomber et de ne dut la vie sauve qu'à l'intervention du jeune homme.
L'assistance s'esclaffa! "Je l'ai toujours dit, les femmes et les machines ne font pas bon ménage!" Le commissaire, hésita mais libéra Jack, puisqu'aucune charge ne pesait plus sur ses épaules.
Tout le monde se dispersa, détendu, heureux de la nouvelle tournure des événements. Cependant le Colonel Gracie suggéra de remercier ce garçon qui de criminel était devenu une sorte de héros; Cal, un peu vexé par la remarque, pris en flagrant délit de manquement à ses devoirs, proposa vingt livres. Mais devant le regard outragé de la belle, qui se rendait compte ainsi de sa valeur marchande comme une simple pouliche, il revint sur sa décision.
- "Rose désapprouve", susurra-t-il, amusé de la rebuffade de la jeune fille, mais désireux de se venger de ses péroraisons. Je sais! "Peut-être pourriez-vous vous joindre à nous pour dîner, demain, afin de régaler notre groupe avec votre récit héroïque?"
Jack n'était pas homme à refuser pareille opportunité, quand bien même il comprit dans quel piège Cal voulait le faire tomber. Il accepta. Rose s'éloigna, jetant un dernier regard sous le plaid qui la couvrait vers ce garçon, si généreux, si chevaleresque ...mais Dieu si mal habillé!

# Posté le samedi 12 novembre 2005 06:37

La scène du gymnase

La scène du gymnase
LA SCÈNE DU GYMNASE
Jack craignait qu'on le démasque, le manteau était trop grand et le chapeau ridicule. Il essayait de se dissimuler derrière un canot. Le groupe passa et enfin, finissant la marche, Rose devint enfin accessible.
Il la saisit et l'entraîna à l'intérieur du premier local ouvert. Heureusement à cette heure, personne n'utilisait le gymnase. Nul ne songeait à s'entraîner, à entretenir son corps. Comme si les passagers avaient conscience de leur fin prochaine ou du besoin de conserver la moindre force physique pour la terrible épreuve qui les attendait.
Rose se montra hautaine, bien droite dans son costume bleu, un peigne papillon retenant fièrement sa chevelure. Elle refusa d'abord de lui parler, et tenta de s'en aller. Elle voulait montrer sa détermination, déclara qu'elle était fiancée, essayant de toute son âme de montrer l'importance de son engagement. Elle ajouta même qu'elle aimait son fiancé, Cal.
La lumière, par la vitre ciseléé, jouait sur ses cheveux. Jack la regarda, si farouche, si décidée. Il mourait d'envie de l'embrasser. Mais il ne put que dire dans un grand sourire, quelle petite fille gâtée pourrie au caractère impossible elle était et en même temps, quelle femme également, si troublante à ses yeux. Il eut soudain peur d'être allé trop loin, Rose tentait d'échapper en se réfugiant derrière n'importe quelle machine, rameur ou autre. Alors il poursuivit sur ce qui le préoccupait avant tout. Sa détermination poussa doucement Rose à s'asseoir.
Il ne trouvait pas les mots mais ses yeux et ses mains trahissaient sa sincérité. Il ne voulait pas lui mentir, faire miroiter un leurre quand il savait qu'il ne pourrait peut-être pas assurer son prochain repas. Retrouvant son calme, il lui rappela qu'il prenait au sérieux sa tentative de suicide et voulait être sûr qu'elle ne recommencerait pas.
"Rappelle-toi, si tu sautes, je saute." Le gymnase résonnait de ces paroles puis le silence se fit. Rose, appuyée contre la vitre ne cherchait plus à fuir et se demandait si elle pourrait résister dans cette vie qui se profilait, où il n'y aurait pas toujours un ange gardien blond pour la retenir, la faire rire et la ramener sur le pont.
Elle arriva pourtant à déclarer qu'elle allait bien, très bien même. Lisant dans ses yeux, il lui dit que, s'il la savait forte, il était conscient également du pouvoir sournois de son entourage qui saurait comment saper ses velléités d' indépendance, saccager ses goûts, l'enfermer sans chaîne dans un monde dont elle finirait par adopter les manières, les pensées, les mesquineries et les comportements. Jack disait tout cela amoureusement, sa main soulignait délicatement le visage de Rose, sa tendresse remplaçant les plus belles phrases. Elle savait parfaitement que Jack avait raison.
Elle eut envie de l'enlacer, de le rassurer en lui montrant qu'elle ne serait jamais cela. Les larmes , malgré elle, montaient rageusement, elle ne put que murmurer: "Ce n'est pas à vous de me sauver, Jack" Il acquiesça, heureux de constater qu'elle redevenait volontaire et maîtresse d'elle-même. Rose prit sa main, mais pour la dégager, la détacher d'elle, rompre ce contact trop doux et en profita pour le quitter, malgré son coeur, son corps qui lui commandaient de rester avec lui, de croire en sa vérité , comme un papillon qui tente désespérément de rejoindre la lumière quand des parois invisibles le retiennent, le rejettent et le rendent fou.
Jack restait seul dans le gymnase désert, pathétique dans sa solitude et son costume clownesque. Il avait échoué.

# Posté le samedi 12 novembre 2005 06:41

la scène de la proue

la scène de la proue
LA SCÈNE DE LA PROUE
Rose s'était résignée à rejoindre sa mère dans le salon des premières classes.
Lorsqu'elle s'installa à leur table, Ruth et ses amies - la comtesse de Rothes et lady Duff Gordon - commentaient sur un ton faussement dramatique les malheurs insignifiants qui avaient perturbé quelques semaines plus tôt les préparatifs de son mariage avec Cal : « ... Et les horribles robes des demoiselles d'honneur! déclamait d'une voix théâtrale Ruth. Il faut que je vous raconte l'odyssée que nous avons vécue... »
Perdue dans ses pensées, leurs voix ne lui parvenaient que par intermittence ; leurs paroles lui semblaient dépourvues de sens. Elle se sentait comme une étrangère dans un monde dont elle eût ignoré la langue.
Elle tourna la tête, à la recherche d'un être à qui elle eût pu se raccrocher dans l'univers artificiel où elle était contrainte de vivre. Instinctivement, ses yeux s'arrêtèrent sur une fillette assise à quelques mètres d'elle. D'un geste sévère, sa mère corrigeait son maintien, rectifiait sa manière de tenir sa tasse de thé. Soumise, l'enfant s'appliquait à contenter la jeune femme avec une attention est un sérieux qui renvoyaient implacablement à Rose le reflet de sa propre éducation. « Des poupées de porcelaine dociles! pensa-t-elle. Voilà ce que l'on nous demande d'être durant toute notre vie... »
Révoltée par cette idée, elle se leva brusquement et, sans dire un mot, sans donner une explication, quitta ses compagnes qui ne remarquèrent pas plus son départ que si elle avait été un élément du décor. Elle devait retrouver Jack! Peu lui importait les conséquences qui résulteraient de cette résolution. Elle pressentait que lui seul pourrait l'arracher à l'existence annihilante à laquelle son entourage la destinait depuis l'enfance.

Le pont réservé aux passagers de troisième classe, frémissant des jeux et des rires des enfants, procura à Rose un salutaire sentiment de liberté. Aussi n'hésita-t-elle pas, malgré la curiosité que son apparition suscitait, à traverser la foule quand elle aperçut Fabrizio et Tommy.
D'abord étonnés, puis désireux de ne pas laisser s'éloigner trop vite une si belle jeune fille, les deux amis se firent quelque peu prier pour la renseigner. Devant son insistance et le trouble de son expression, ils finirent cependant par lui dire que Jack se trouvait probablement à l'avant du navire.

Rose parcourut une nouvelle fois le bateau, cette fois en direction de la proue, le c½ur battant anxieusement... Jack était bien là, seul, accoudé au garde-fou, penché rêveusement au-dessus de l'océan.
« Bonjour Jack, murmura-t-elle. »
Le jeune homme se retourna aussitôt. En la voyant, il ne manifesta aucune surprise, seulement un ineffable bonheur.
Lorsqu'elle voulut lui donner la raison de sa présence, il lui fit signe de ne pas parler et prit sa main qui tremblait légèrement.
« Fermez les yeux, lui dit-il avec douceur. »
Comme elle paraissait incapable de détacher son regard de son visage, il insista : « Allez... Et montez sur la balustrade... »
Bien qu'un peu nerveuse, Rose se laissa guider.
« Vous avez confiance en moi ? demanda Jack.
- J'ai confiance en vous! répondit-elle vivement. »
Jack écarta délicatement ses bras, serra tendrement sa taille, pour apaiser ses craintes. « Regardez, maintenant! »
Dans la lumière du couchant, la mer ressemblait à un liquide précieux ; le ciel, sillonné de bandes mauves sombres, roses ou dorées, avait l'aspect chatoyant, impalpable et éphémère d'une aile de papillon... Comme prise de vertige, Rose ne put retenir cette exclamation en découvrant le spectacle qui s'offrait à elle : « Je vole, Jack! »
Jack se pencha alors vers elle et commença à fredonner : « Come Josephine in my flying machine... »
Il ramena ensuite ses bras sur sa poitrine, en un geste protecteur.
L'espace d'un instant, Rose contempla en silence et avec une certaine gravité le visage du jeune homme. Puis leurs lèvres se rapprochèrent lentement, mais irrésistiblement... Alors, en équilibre entre ciel et mer, tels des oiseaux, éclairés par les derniers rayons du jour, ils échangèrent leur premier baiser...

# Posté le samedi 12 novembre 2005 06:42

La scène du portrait

La scène du portrait
LA SCÈNE DU PORTRAIT
Rose et Jack entrèrent dans la suite, profitant de l'absence de Cal, retenu par les volutes de cigare et les vapeurs d'alcool du fumoir. Rose lui montra le diamant et demanda à Jack de la peindre comme une de ses Françaises, Jack acquiesça même quand il comprit de quel genre de portrait elle parlait:
"Je porterai ce bijou, je ne porterai que lui"
Rose alla se préparer. Le peigne papillon, ultime vestige que Rose, retrouvera, laissa échapper sa chevelure. Pendant ce temps, Jack préparait sans émotion ses crayons, affûtant précautionneusement la mine de chaque fusain qu'il pensait devoir utiliser. Elle entra alors, un sourire narquois ponctuant son beau visage. Un long peignoir japonais couvrait encore sa nudité, mais ses yeux pétillaient de l'envie d'envoyer aux orties ce carcan moral qui l'étouffait. Elle joua à la fille de mauvaise vie en faisant tourner la ceinture de son habit. Même elle, ne fut pas dupe; le peignoir tomba. Les yeux de Jack cherchèrent désespérément un objet neutre sur lequel se poser.
Le peintre en lui reprit le dessus et commanda au modèle de s'installer sur le divan. Bafouillant devant l'éclatante beauté du corps de Rose, il se reprit quand elle devint pour lui un merveilleux nouveau modèle:
"L'autre bras près du visage... la tête penchée... garde bien les yeux fixés sur moi"
La séance commença. Jack volait ce corps qui prenait vie sur la feuille blanche; le visage, la chevelure, puis les seins, le ventre... les gestes du peintre se confondaient avec celui de l'amant quand il rectifiait ou ombrageait le contour d'un sein. Ce détail n'échappa guère à Rose qui pouffa, tout à guetter l'émoi quelle suscitait chez ce jeune homme au regard intense. Aucun des deux ne songea au diamant, à son prix, sa rareté, son origine. Rose perdit un peu de ses rires d'enfant, et découvrit sereine, ses premiers instants de sensualité.
Le dessin achevé, daté, signé, enfermé dans une pochette en cuir et remis au commanditaire, Rose vint embrasser Jack en guise de remerciement. Leur passion pour la peinture, leur goût de la provocation, tout les réunissait alors; Rose griffonna un mot pour Cal et enferma le dessin dans le coffre comme ultime pied de nez à celui qu'elle n'épouserait jamais. Mais leur jeunesse ne se soucia pas de prolonger ce bonheur éphémère. Rose choisit une tenue fraîche et charmante, toute de blanc vêtue, sa taille seule soulignée par une ceinture pastel . Quand Lovejoy surgit, les deux amants s'éclipsèrent dans un rire...

# Posté le samedi 12 novembre 2005 06:43